Angélique : Plaidoyer pour la marquise des anges (romans)

Lisons les romans d’Anne Golon. Il sont excellents !

 Cette semaine est sorti « Angélique Marquise des Anges », réalisé par Ariel Zeitoun.

Dans le concert des mauvaises critiques qui accompagnent la sortie du film, j’ai eu envie d’écrire un billet pour dire combien les livres sont bons, et comme ils vont bien au-delà des romans de gare de sinistre réputation auxquels on n’a de cesse de les assimiler. Ces romans au charme puissant sont pour moi la promesse d’heures et d’heures de plaisir fou.

J’ai l’impression qu’il existe une sorte de magie dans cette histoire qui a fasciné plus de 100 000 millions de lectrices et de lecteurs à travers le monde(dans plus de 50 pays). Elle est faite d’une matière originale, étrange,  qui unit des ingrédients disparates et les mixe pour en faire une saga pleine de souffle, d’amour mais aussi de mysticisme. La question religieuse – la foi, l’obscurantisme, les persécutions, la tolérance et l’intolérance – plane au-dessus de l’ensemble de l’œuvre et lui donne des couleurs contrastées,  noire comme la peur, jaune comme le soleil de Versailles, rouge comme le sang de l’inquisition et bleue comme le ciel des amants.

Quand je tente d’analyser la composition des Angélique pour découvrir de quoi est fait leur magie (un peu comme Joffrey de Peyrac aimerait  mettre le charme d’Angélique dans ses cornues pour en comprendre l’essence), voici ce que j’y trouve :

-    Tout d’abord une précision historique sans faille qui nourrit la trame des romans et leur donne une colonne vertébrale solide. Tout est exact dans les informations distillées par Anne Golon au fil des milliers de pages qui composent son œuvre. L’auteure, aidée dans ses recherches par son mari Serge, a acquis une connaissance faramineuse et incontestée du siècle de Louis XIV, en France mais aussi dans le reste du monde. Qu’elle parle de la vie dans les provinces, de la cour des miracle, de Versailles, des empoisonnements, des messes noires, de la police, de la guerre en Méditerranée, de la persécution des protestants, de la vie en Acadie et au Canada, des tribus indiennes d’Amérique du Nord, de la chasse aux sorcières (des guérisseuses) qu’on a brûlées par milliers,  des premières colonies anglaises… tout, absolument tout est rigoureusement exact. Ainsi, chaque lecteur d’Angélique devient incollable sur le XVIIe siècle. Anne Golon a participé à de nombreuses conférences et tables rondes comme historienne spécialiste du XVIIe siècle

Angélique et Joffrey, immortalisés par Bernard Borderie

   – Une héroïne aux facettes multiples, une beauté rayonnante aux yeux verts comme la mer et à la chevelure pareille à celle des fées, qui possède dans son caractère des composantes éminemment terrestres, comme la sensualité, la séduction, l’ambition, la cruauté, la joie de vivre, la vengeance, la combativité.  Mais aussi célestes : Angélique est intuitive, elle entend parfois des voix, est habitée par des songes, des presciences. Elle ressent les choses bien au-delà de leurs apparences, elle connait le secret des plantes et a des mains de guérisseuses. Les indiens lui prêtent des pouvoirs, les « sorcières » la reconnaissent comme étant des leurs. Née au XVIIe siècle c’est aussi une femme du futur : les préjugés, les intolérances religieuses ne l’atteignent pas. C’est une féministe, une guerrière, qui rue dans les brancards de la religion et dirige seule sa vie et ses choix.  Enfin - même si elle n’a dans son cœur qu’un seul amour, son Joffrey – Angélique est une séductrice née, qui tout au long de sa vie, traine les cœurs après elle. Pas un homme ne lui résiste et pas même  Louis XIV, qui nourrit pour elle un long, douloureux et impossible amour. On pourrait s’agacer, lectrice, de tant de perfections, mais Angélique est généreuse, elle ouvre les bras aux abandonnés, aux bannis, aux rejetés, elle se bat pour la justice, la paix et la tolérance et on s’identifie tellement à elle finalement, que c’est bien agréable de partager tous ses succès.

-      – Un héros irrésistible, car vraiment, qui pourrait ne pas succomber au charme de Joffrey de Peyrac ?! Ce grand seigneur d’Aquitaine doublé d’un gentilhomme d’aventure a tous les talents : troubadour passé maître dans l’art d’aimer, savant, astronome,  chimiste, chercheur d’or, pirate, fin bretteur, marin hors pair, pionnier du nouveau monde, Joffrey de Peyrac est tout cela et beaucoup plus encore. C’est un humaniste, un esprit curieux et brillant, un organisateur né, un fin connaisseur de la nature humaine, un être ouvert  capable de s’entendre avec un sultan musulman, un médecin arabe, un pirate des caraïbe, un puritain anglais, un coureur des bois, un chef iroquois, un jésuite français ou un conquistador espagnol.  Joffrey de Peyrac est un des plus merveilleux personnages qu’il m’ait été donné de croiser entre les pages d’un livre, un homme ouvert  dans un siècle  dominé par la violence des préjugés, car chacun était persuadé de détenir la vraie foi. Avec ça, un amant exceptionnel et l’homme d’un seul amour, sa femme, Angélique. 

-          - Un amour de légende, car ces deux là s’aiment par-dessus tout, au-delà de tout. Ni ne temps, ni la mort, ni la jalousie, ni la trahison,  ni le complot n’auront raison du sentiment qui les unis.
Lire Angélique, c’est connaître et partager le secret d’un amour unique, immense, magnifique qui survit à toutes les douleurs et à une séparation de quinze années, au cours desquelles aucun des deux amants n’a pu oublier l’autre

Avec Anne Golon

    – Une belle plume au style classique, et un talent certain pour décrire les beautés de la nature, l’ardeur des sentiments, le souffle des batailles.  Anne Golon a écrit une épopée immense qui couvre quarante ans de la vie d’une femme, et sa plume n’a pas faillit à la tache.

-          Un message : l’amour. Amour des amants, amour pour les enfants, amour pour les frères humains, quelque soit leur religion, leur croyance, leur couleur de peau, leur condition sociale.

La saga s’étale sur plus de trente ans  sous le règne de Louis XIV.  On découvre Angélique âgée de sept ans à peine élevée dans un vieux château du Poitou et que les paysans surnommaient « la fée ».

On la quitte 14 romans plus tard. Elle a quarante ans et des poussières, elle est plus belle que jamais. Elle vit en Amérique, dans le nouveau monde, quelque part entre le Canada et l’Acadie. Elle est heureuse, elle a gagné tous ses combats, enfin presque tous… car cela fait plus de vingt ans que les amoureux d’Angélique attendent la fin de l’histoire.

L'avant-dernier tome de la saga, quasi introuvable, est vendu sur le net entre 90€ et 200€

Ils attendent, et j’attends avec eux, le dernier roman, un roman mythique comme l’arlésienne, dont la sortie est sans cesse repoussée et qui devrait s’appeler « Angélique et le Royaume de France ». Alors la boucle sera bouclée, on saura tout ou presque.  Mais on se demande  même s’il paraîtra un jour… l’auteure a déjà 92 ans.

Et finalement peut-être vaut-il mieux laisser la porte ouverte à l’imagination, l’histoire ne se finira jamais. Angélique et Joffrey continueront de s’aimer et de se battre contre l’ostracisme et l’obscurantisme, et nous, on continuera à rêver.

A propos des films

Je n’ai jamais été une grande fan des films réalisés dans les années 60 par Bernard Borderie, car je trouve qu’ils ne rendaient pas justice à la qualité des romans écrit par Anne Golon. Cependant cette série  est restée, malgré ou grâce à  ses défauts, ancrée dans la culture populaire française. Michèle Mercier avec son charme sensuel et ses moues de parisiennes, Robert Hossein, ardent, magnifique et ténébreux, ont laissé un souvenir indélébile dans la mémoire collective.

Quand j’ai appris qu’Ariel Zeitoun avait le projet de réaliser un nouveau film sur les aventures de la marquise des anges, la première chose à laquelle j’ai pensé a été : pourvu qu’il choisisse bien son Joffrey !
Raté.

Apparemment, le film, qui n’aurait attiré que 11 000 spectateurs dans les salles le jour  de sa sortie,  est un flop.  Ça me rend triste car un succès aurait peut-être relancé la carrière des romans, attiré de nouveaux lecteurs et peut-être hâté la parution du dernier tome.

Mais cela ne me surprend pas. Le film raconte l’histoire d’amour – malsaine à mon goût – d’un vieil homme de 60 ans à la perruque grise comme une serpillère et une jeune fille  insipide de 40 ans sa cadette. Rien à voir avec les romans où Angélique et Joffrey ont douze ans d’écart…
Mais qu’importe! Le film sera vite oublié. Les textes resteront et nous seront encore nombreux à nous y plonger de temps en temps, pour des heures et des heures de plaisir.  

Des heures et des heures de plaisir

 A lire : l’excellent article de wikipédia Angélique (littérature)