Angel, le film le plus romanesquement romantique de François Ozon

 

On a beaucoup parlé récemment de Jeune et jolie, dernier film de François Ozon.  A cette occasion la télé (OSC Max) offrait l’occasion de (re)découvrir une autre de ses œuvres, « Angel ».  Un film au romantisme flamboyant, inspiré d’un roman d’Elisabeth Taylor (l’auteure, pas l’actrice) et conçu comme un hommage aux grands mélos en technicolor du Hollywood des années 30 et 40. Le film est pétri de références à des chefs d’œuvres tels La splendeur des Amberson d’Orson Welles, Autant en emporte le vent de Victor Fleming, Gigi de Minelli… J’y ai plongé tête baissée.

 Je l’ai vu pour vous et je vous dis tout

Nous sommes en Angleterre, en 1905, dans un petit village sinistre nommé Norley. La jeune Angel Deverell, fille de l’épicière, passe son temps libre enfermée dans sa chambre, plongée dans l’écriture d’un mystérieux manuscrit.  Il est clair que pour elle la vraie vie est ailleurs. Parfois, elle se promène dans la campagne alentour et fascinée, colle son nez à grille de Paradise House, un somptueux manoir habitée par une demoiselle de son âge, Angelica.

Poussée par une puissance créatrice hors du commun, Angel porte le point final à son récit et l’envoie à un éditeur Londonien. Celui-ci lui répond bientôt qu’il est intéressé par la publication de son roman. Dès lors, tout va très vite pour Angel qui bascule enfin dans le monde de ses rêves. Elle devient une écrivain célèbre et adulée par le public qui se pâme à la lecture de ses romances passionnées. Immensément riche, Angel peut se permettre de racheter Paradise House, le fabuleux manoir qui a hanté son enfance et même d’épouser l’homme de ses rêves, Esmé Howe-Nevinson,  artiste peintre, sombre, incompris, torturé, mais tellement séduisant !

Malheureusement, Angel ne sais pas différencier rêve et réalité. L’homme qu’elle a épousé est paré dans son esprit, de toutes les qualités des héros de ses romans. Cet amour merveilleux qu’elle appelle de ses vœux, qu’elle vit par procuration à longueur d’écriture, Angel ne le connaîtra pas car ZEsmé, son bel Esmé aime ailleurs… En s’efforçant de distordre la réalité pour la faire coller à ses rêves, Angel se ment à elle-même et ment aux autres au travers de mises en scènes flamboyantes et irréelles. Plus dûre sera la chute.

Oh oui !

Angel, ce sont des décors oniriques, des costumes étincelants, des dialogues en anglais finement ciselés, de la démesure, du kitsch et du mélo à la louche… tout cela parfaitement exécuté par Ozon et son équipe. C’est aussi et surtout un personnage féminin hors normes, noyée dans ses froufrous et ses crinolines victoriennes (alors qu’on est déjà au XXe siècle), qui jusque dans son nom, porte en elle une part d’ange (Angel) et de démon (Deverell, ça sonne un  peu comme Devil), magistralement  incarnée par  Romola Garai.
Cette jeune fille qui se sort de sa condition à force d’écrire, à force d’y croire, à la force du poignet, entêtée, enflammée, ignorante des bonnes manières et du bon goût mais croyant les maitriser, à la fois innocente et manipulatrice, rêveuse et terriblement volontaire, tyrannique et fragile, entourée et solitaire… m’a touchée,  fascinée, agacée,amusée, peiné, épatée…

Sous-tendant le film, la réflexion d’Ozon sur le métier d’artiste, sur la qualité relative de l’œuvre, sur le passage à la postérité, m’a  inspirée et émue… Angel est une auteure qui connait le succès et la reconnaissance de son vivant. Même si on comprend qu’elle écrit des fadaises, ses romans touchent, font rêver et émeuvent le public de son temps. Esmé son mari est au contraire un peintre totalement incompris, tellement pauvre qu’on le soupçonne d’avoir épousé Angel pour son argent. Apparemment très en avance sur ses contemporains, c’est lui qui sera reconnu et adulé quelques années plus tard, malheureusement trop tard pour lui…  
Ozon nous interroge : que vaut-il mieux pour l’artiste ? La reconnaissance de son vivant même s’il ne produit que du « junk art », ou le passage à la postérité, même s’il vit comme un gueux ? Où est la réussite, où est l’échec ?

Oh non !

Je me suis creusé la tête pour trouver le  négatif dans ce film, je n’ai rien à dire, à part peut-être le fait que ce n’est pas une comédie romantique… alors pas de Happy end !

Est-ce que le mâle fait mal ?

Savez-vous qu’avec Angel, Ozon a offert son premier grand rôle à Michael Fassbender ? Avant d’incarner le lieutenant Archie Hicox dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, Edward Rochester dans Jane Eyre de Cary Fukunaga, Carl Gustav Jung dans  A Dangerous Method de David Cronenberg, il a prêté son beau visage et ses yeux verts à Esmé Howe-Nevinson, peintre talentueux et maudit, homme  fier et faible, mari d’Angel Deverell mais irrémédiablement amoureux d’une autre….
Oui Michael Fassbender fait mal, car il réussit à nous séduire et nous dégouter en même temps, à nous faire comprendre les failles et les faiblesses qui couvent sous le héros romantique.
On le retrouvera  bientôt dans le prochain XMen et sous la capuche du héros de Assassin Screed en 2015 !

On le regarde ou pas ?

Oui, trois fois oui !