La princesse de Clèves, Madame de Lafayette

La Princesse de Clèves, une control freak ?

Ce week-end, allongée sur mon lit, j’ai dévoré « La princesse de Clèves », et je m’en suis régalée ! Quel délicieux « roman de galanterie » que voilà ! Quelle finesse d’analyse, quelle intelligence dans la construction, quelle leçon de style !

Résumé
L’histoire se déroule entre Octobre 1558 et novembre 1559, à la cour du roi Henri II, en pleine Renaissance.  Mademoiselle de Chartres, jeune fille de seize ans élevée par sa mère selon de rigoureuses règles de vertu, paraît pour la première fois au Louvre. Sa mère et son oncle la marient au prince de Clèves, qui est fou d’amour pour elle. Malgré l’estime que la jeune demoiselle porte à son nouvel époux, elle ne ressent aucun amour pour lui.
La passion la frappera un soir de bal : la princesse de Clèves rencontre le Duc de Nemours, le plus beau, le plus brave, le plus élégant, des gentilshommes de la cour.  Au premier regard, ces deux héros s’enflamment l’un pour l’autre.  Mais la jeune et très vertueuse princesse de Clèves n’est pas du genre à tromper son mari. Dès lors, malgré la passion qui la dévore, la princesse n’aura de cesse de fuir celui qu’elle aime. Mais ce sera sans compter l’audace et la détermination du beau Duc de Nemours, que rien ne semble arrêter….

Tant de personnalités érudites et cultivées se sont penchées sur les mystères de ce texte – qu’on dit être le premier roman d’analyse – que  je ne me risquerais pas à vous livrer ici un véritable commentaire.  Cependant, les caractères extrêmement fouillés des personnages, la construction admirable du roman et le style délicieux de Madame de la Lafayette m’ont inspirés quelque réflexions que je partage ici avec vous.

1/Madame de Lafayette démontre un sens aigu de l’intrigue et du rebondissement ! Dès que l’histoirecommence, on est pris au jeu. Et ça ne s’arrête pas ! Les coups de théâtre s’enchaînent, le suspens est maîtrisé, on y est, on y croit ! Maniant à merveille l’art de l’invraisemblance, elle réussit à faire tout passer, même les plus énormes ficelles ! Une vraie leçon pour les conteurs d’histoire d’aujourd’hui !

 2/Le Duc de Nemours me plait et m’amuse! Quelle vitalité, quelle fougue ! Cet homme n’hésite devant rien  : il écoute aux portes, s’introduit de nuit chez sa belle, s’installe en secret en face de sa fenêtre pour la contempler, invente sans cesse mille stratagème pour se trouver près d’elle.  Il parle trop de cet amour ! Mais quelle constance ! Franchement je trouve cela hyper sexy !   Il n’a de cesse de  vouloir lui parler, la convaincre, la séduire. Il se heurte à un mur et comme tous les hommes, plus elle lui résiste, plus il s’acharne. Je l’adore ! C’est un vrai mec, un héros de comédie romantique comme on devrait en voir plus souvent ;-))
Je me suis amusée à retrouver son prénom qui n’est cité qu’une fois dans le roman : il s’appelle Jacques. Jacques de Savoie, Duc de Nemours !

Marina Vlady en Princesse de Clèves dans le film de Delaunnoy

3/On peut trouver beaucoup de noblesse et de grandeur d’âme chez la jeune princesse de Clèves qui ne veut résolument pas tromper son mari ! Je lui trouve aussi beaucoup d’orgueil. Cette ravissante petite princesse de 16 ans est une véritable tête de mule qui n’en fera qu’à sa tête… jusqu’au bout ! Que veut-elle prouver en résistant ainsi ? Sauver son âme ? Rester fidèle aux principes de sa mère ? Forcer l’admiration de son mari et celle du Duc ? Conserver l’amour du Duc ? Se protéger du malheur de n’être plus aimée ? Laisser le souvenir d’une femme de très grande vertu, qualité que l’on plaçait alors au-dessus de toutes les autres ?

Il me semble qu’elle prend aussi beaucoup de plaisir à tenter de dominer ses émotions, à les contenir, à garder le Duc au loin pour ne rien lui laisser voir de ce qu’elle ressent. Aujourd’hui, on dirait que la princesse de Clèves est une « Control freak » !

4/Je trouve que le prince de Clèves se laisse mourir bien facilement ! Torturé par la jalousie, cet idiot ne laisse même pas son messager terminer le compte rendu de son espionnage.  S’il l’avait laissé parler, il aurait appris que sa femme lui était restée fidèle !

5/Je me demande bien dans quelle aventure de galanterie s’était laissée aller Madame de Chartres, mère de la princesse, pour la prévenir si fortement contre le malheur d’aimer.  Jusque sur son lit de mort, elle lui conjure  de renoncer à son amour : « Ne craignez point de prendre des partis trop rudes et trop difficiles, quelque affreux qu’ils vous paraissent d’abord : ils seront plus doux dans les suites que les malheurs d’une galanterie. »!
Cette femme a dû sacrément aimer et souffrir mille morts. Mais au moins aura-telle vécu. Ce que finalement, elle empêchera sa fille de faire !

Futurs lecteurs et lectrices de la princesse de Clèves, S’il vous plait, ne vous laissez pas arrêter  par les premières pages de ce court roman ! Cette énumération de grands noms, de lignages oubliés et d’intrigues de cours ne sert qu’à poser  le décor et nous faire comprendre que la petite princesse de Clèves n’est d’abord qu’un pion aux mains de sa mère et de son oncle, qui lui font épouser le prince pour servir leurs propres intérêts… Tout commence vraiment pour elle un soir de bal et je ne me prive pas du plaisir de vous laisser lire ce court extrait. Un pur moment de… cinéma !

« Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre. Lorsqu’elle arriva, l’on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu’un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Clèves acheva de danser, et pendant qu’elle cherchait des yeux quelqu’un qu’elle avait dessein de prendre, le Roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Nemours, qui passait par-dessus quelque siège pour arriver où l’on dansait. Ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de n’être pas surprise de le voir quand on ne l’avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu’il avait pris de se parer augmentait encore l’air brillant qui était dans sa personne ; mais il était difficile aussi de voir Mme de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement.

   M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu’il fut proche d’elle, et qu’elle lui fit la révérence, il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges. »

C’est beau non ???! Cette scène de la rencontre, au romantisme flamboyant, a dû servir de modèle à des dizaines, voire des centaines de romans d’amour !

Retrouvez la Princesse de Clèves sur les blog de Karine, Emeraude, Pascal, Pitou, Yohan, Keisha et Rose

Commentaires

  1. lhautremoi dit :

    Bonjour,

    Je suis enseignante.
    Si seulement mes élèves, à la lecture de ce bonbon de chef d’œuvre , pouvaient y voir tout ce que vous nous en écrivez !

    Je crois que je vais leur faire lire votre article en préambule à la lecture du roman …

    Qui sait ?

    Merci !!!!!!

  2. Mélusine dit :

    Il faut passer les premières pages, cette histoire a trop de bons côtés. Un peu moralisateur, mais si on lit en comparaison « Les Liaisons Dangereuses » qui en est une reprise grimaçante, c’est un plaisir! Bonne question: qu’avait donc vécu Mme de Chartres pour craindre autant pour sa fille???

  3. Tonie Behar dit :

    @Mélusine ! Tiens je n’avais jamais pensé que les liaisons étaient une reprise de la Princesse de Clèves… mais c’est vrai qu’on y retrouve beaucoup d’éléments!
    J’aime beaucoup les liaison so XVIIIe siècle libertin ;-)

  4. Tonie Behar dit :

    En effet, il m’a transportée!