Stiletto Blues à Hollywood de Lauren Weisberger

Le meilleur Lauren Weisberger depuis  Le Diable s’habille en Prada !

Comme son titre ne l’indique pas, « Stiletto Blues à Hollywood » raconte une histoire qui se passe dans le monde de la musique. Est-ce parce que je suis mariée depuis douze ans avec un homme « du métier » ? J’ai dévoré ce bouquin  sans bouder mon plaisir ! Franchement le meilleur Weisberger depuis très longtemps !

Un conte de fée qui vire au cauchemar
Brooke, étudiante diététicienne,  est une fan de la première heure de Julian, « piano man » découvert  par hasard dans un bar new yorkais. Elle retourne l’écouter tous les mardis soirs. Il l’a remarquée, avec sa robe bleue et ses cheveux roux, mais elle ne le sait pas…  Un soir pourtant le destin s’en mêle et les présente l’un à l’autre. Ils se plaisent, ils s’aiment à la folie, ils se marient.

La vie avec un artiste fauché n’est pas facile, mais Brooke aime tellement son Julian, croit tant en son talent, qu’elle prend deux jobs à la fois pour subvenir aux besoins de leur couple et permettre à Julian de pratiquer son art. L’auteur prend son temps pour nous décrire la genèse du couple, leur complicité, leur entente absolue. Une époque que le lecteur se rappelera ensuite comme un paradis perdu…

Le miracle arrive… quelques années plus tard !Julian est signé chez Sony Music et dès la sortie de l’album, les choses s’emballent : le chanteur  est repéré, invité à la télé et choisi pour assurer la première partie d’un groupe hyper connu. Sa carrière est lancée.

Confrontée à l’éloignement de son mari, à son entourage toxique, aux paparazzis à l’affût, aux bimbos chasseuses de stars, Brook va découvrir qu’il n’est pas facile pour une personne anonyme de rester mariée à un demi-dieu (une célébrité).  Le conte de fée tournera au cauchemar !
Happé par les obligations d’une grosse promo, Julian passe désormais plus de temps avec son  manager (un excité qui poste l’actu de son poulain toutes les cinq minutes sur Facebook) et son attachée de  presse (froide, efficace, qui gère toutes les situations avec sang-froid), qu’avec sa propre femme, la quelle vit quasi en célibataire dans leur petit appart new-yorkais….
On suit l’évolution de Julian à travers les yeux de Brooke, qui reste, elle fermement ancrée dans sa vie quotidienne, avec  ses deux jobs, sa famille, sa meilleure amie…. Le contraste avec le monde du show biz  -   où l’on se rend à la moindre fête en hélicoptère, où on est habillé gratos par les grands couturiers et où on passe son temps entouré de célébrités et de photographes – est alors encore plus saisissant et très bien rendu.

Un couple amoureux pris dans la tempête médiatique
Stiletto Blues est donc l’histoire d’un couple pris dans la tourmente de la célébrité et qui soudain ne maîtrise plus une vie privée étalée sur la place publique. L’amour sincère qui unit Brooke et Julian y résistera-t-il ? That is the question!
On suit avec anxiété (et une certaine jubilation) les déboires de la pauvre Brooke et les succès du charmant Julian (que je trouve pour ma part un peu trop gentil et lisse pour un artiste. Il lui manque l’égoïsme, l’égocentrisme la part d’ombre et la fêlure propre à toute star, car on ne fait jamais ce métier par hasard, pas plus qu’on n’accède au sommet par hasard).

Spéciale dédicace à la communauté juive
En bonus track, une belle brochette de personnages secondaires, avec une spéciale dédicace à la communauté juive (thème récurrent chez Weisberger) qui manque malheureusement de saveur. N’est pas Philippe Roth ou Woody Allen qui veut ! Par exemple la confrontation  entre les juifs ploucs du New Jersey et ceux ultra chic de Manhattan aurait pu être beaucoup plus drôle !

Lucide, parfois presque  cynique, bien documenté, drôle parfois, et chamalow ce qu’il faut, « Stiletto blues » reste toutefois un très bon cru de la comédie romantique.

Une star de la chick lit’
Lauren Weisberger a été propulsée sur le devant de la scène chick lit’ en 2003 avec « Le Diable s’habille en Prada », fable moderne sur le harcèlement professionnel à la sauce fashion, qui a été traduite dans plus de 35 langues et adaptée au cinéma avec Meryl Streep et Anne Hataway…
Elle a ensuite décrit le monde des Relations publiques avec moins de bonheur dans « People or not people » puis a livré sa propre version de « Sex and the city » avec l’histoire de 4 copines new-yorkaises dans « Sexe diamants et plus si affinité »… J’ai moyennement aimé, mais la demoiselle a tout de même vendu 1,7 million de livres (tous titres confondus) rien qu’en France !
Nul doute qu’avec ce (bon) roman sorti le 4 novembre, pile-poil pour être glissé sous le sapin, elle va continuer à scorer !

PS : Sur le même sujet (la fille lambda devenue femme de star) j’avais lu cet été l’excellent « Comme à Hollywood »de Camille Pouzol, qui allait encore plus loin (et plus juste) dans le côté cynique, trash et désespéré de la gloire contemporaine.  La différence étant que dans  Stiletto blues on a affaire à un couple profondément amoureux, uni intime connaissance l’un de l’autre, ce qui n’était pas le cas du roman de Pouzol. Moralité, il n’y que l’amour qui sauve (mais ça je le savais !)

*(titre français plus que pourri, le titre original étant Everyone worth knowing)

Stiletto Blues à Hollywood (Last night at Chateau Marmont) de Lauren Weisberger- Fleuve Noir
Traduit par Christine Barbaste
Date de parution 4 novembre 2010
440 pages
La bio de Lauren Weisberger ICI

Commentaires

  1. luciolerouge dit :

    Cette auteure me désespérait dernièrement. Les couvertures de ses livres sont toujours sympas mais nous avons une chance sur deux d’être déçues par le contenu.
    Merci, celui-ci, je le lirai donc! :)

  2. Tonie Behar dit :

    Salut Luciole ! Tu me diras ce que tu en as pensé !
    A bientôt
    T

  3. Cali Keys dit :

    Je l’ai lu et l’ai trouvé très bien construit, bien documenté et j’ai adoré la fin (ben oui, l’amour triomphe et j’adore ça). Par contre, j’ai trouvé qu’il manquait de moments humoristiques, de petits pics d’humour.

  4. Tonie Behar dit :

    @Cali : je suis d’accord, il manque d’humour. Même les situations à potentiel comique ne sont pas bien traitées.
    c’est Sophie Kinsella qui est vraiment la plus drôle, pour moi !

  5. ladymarlene dit :

    « Stiletto blues » m’a réconcilié avec Weisenberg. Le dernier était vraiment, vraiment mauvais. Elle s’est laissée entrainer par le monde qu’elle fréquente depuis quelques temps et avait totalement perdu son mordant. Je relis actuellement « le diable s’habille en prada  » et je continue à HALLUCINER sur ce que ces filles sont prêtes à avaler pour travailler dans un magazine…ça fait peur ! Et comme tu dis, Julian est trop lisse, trop gentil. Je trouve que « en scène les audacieuses ! » décrivait mieux ce monde. Et Stephen Marr, fils naturel de Mick Jagger et de Tina Turner était vraiment la Rock Star comme on l’imagine !