Mange, prie, aime

Un livre spirituel, un film sirupeux

Alléchée par une comédie romantique réunissant Julia Roberts et Javier Bardem, j’ai couru voir « Mange, prie, aime», anticipant  le plaisir de retrouver le sourire de Julia dans un film à sa mesure. J’ai été… comme une baudruche qui se dégonfle !
Comment un film dans lequel Julia Roberts s’est personnellement impliquée, réalisé par Ryan Murphy (à qui l’on doit la très cynique et mordante série Nip/Tuck), adapté bestseller international qui a su toucher plus de 4 millions de lecteurs, peut-il être aussi peu réussi ?

Le pitch ?
A la suite d’un divorce difficile, (une procédure de divorce à New York est « quelque chose comme avoir un très grave accident de la route, chaque jour, pendant environ deux ans »), Liz, journaliste spécialisée dans les voyages n’a plus goût à rien… Elle se débrouille alors pour tout quitter (payée par un éditeur)  afin d’accomplir un voyage initiatique en Italie, en Inde et en Indonésie, trois pays dont le nom commence par la lettre I, qui signifie « je » en anglais ! Parfait pour un voyage consacré à la découverte de soi !

A la décharge du réalisateur, « Mange prie aime » est avant tout le récit d’un voyage intérieur, très difficile à retranscrire en images.
En effet, comment montrer quelqu’un de tellement triste que « si d’aventure quelqu’un prononçait dans une même phrase les mots « Léonard » et « Cohen », il lui fallait immédiatement quitter la pièce » ? De même, comment filmer une révélation spirituelle quand elle a lieu un soir, sur le carrelage d’une salle de bain ? Elisabeth Gilbert raconte qu’il lui est arrivé à ce moment-là quelque chose du même ordre et de la même ampleur que quand, dans le cosmos, une planète se retourne sur elle-même sans raison apparente. Elle se met à chercher Dieu « comme un homme dont la tête est en feu cherche l’eau.» Allez traduire ça en images ! (le film reste heureusement sobre dans le traitement de la démarche spirituelle.)

Le résultat est donc un film respectueux de l’histoire (l’héroïne part manger à Rome, prier en Inde et aimer à Bali), mais qui passe totalement à côté de l’esprit du livre.

1/ La grande force du récit est le personnage éminemment sympathique de Liz et son humour ravageur ! Ainsi l’auteure se décrit elle-même comme « incarnant la forme de vie la plus affectueuse recensée sur la planète (un genre d’hybride entre golden retriever et bernache »). Elle possède « le talent de se lier d’amitié avec absolument n’importe qui (même un chef de guerre Serbe) et de recréer autour d’elle une ambiance de cocktail, même dans un ashram !

Dans le film, Julia Roberts… pleurniche ! J’ai renoncé à compter le nombre de fois où l’actrice s’essuie les yeux, submergée par un trop plein d’émotions ou de tristesse. Parfois aussi, elle s’énerve et crie sur son malheureux interlocuteur, ce qui ne contribue pas à la rendre attachante. Heureusement, elle nous offre une fois ou deux l’un de ses célèbres éclats de rire. Elle est alors irrésistible, toutes dents dehors, lèvres étirées en un sourire éblouissant.

2/ Si le récit réussit à esquiver habilement les clichés inhérent à chaque pays visité, le film fonce dedans tête baissé ! Ainsi à Rome (filmé comme une carte postale), on nous apprend que les romains parlent avec leur mains (sans blague ?), on célèbre le dolce farniente, les spaghettis et l’amitié – plus fort qu’une pub Barilla.

L’Inde est bruyante et coloré comme il se doit, avec son lot d’âmes égarées occidentales venues trouver dans la misère la sérénité qu’elles ont perdue dans le confort.

A Bali les maisons sont en teck avec des voilages de lin blancs comme dans les brochures des agences de voyages. L’île est peuplée de vieux sages édentées et de belles femmes courageuses.

3/ « Tout le monde a une love affair » à Bali dit un des personnages du film. Liz/Julia Roberts n’y coupe pas et s’offre le caliente Javier Bardem. J’attendais personnellement beaucoup de la rencontre des deux stars. Elle est… larmoyante. Même Bardem y va de sa petite larme, ce qui lui fait perdre une bonne partie de son sex-appeal. Liz a tellement peur d’aimer à nouveau qu’elle refuse de le suivre quand il lui propose une petite escapade à deux… avant de changer d’avis pour le happy end final. Là encore, rien à voir avec le livre où l’auteur se montre  beaucoup moins trouillarde et timorée que son double cinématographique.

4/ Le récit prend le temps de nous présenter une galerie de personnages hauts en couleur qui ont bien du mal à s’incarner dans un film de deux heures en trois parties. Ils n’ont pas le temps de devenir attachants et ressemblent de ce fait à des caricatures d’Italiens, d’Indiens, d’Américains paumés ou de sorciers balinais.

En résumé, je vous invite furieusement à lire le livre d’Elizabeth Gilbert, qui m’a remuée même après la dernière page refermée.  Il contient toute la légèreté, l’humour et l’auto dérision qui manquent cruellement au film.

On ne tue pas la poule aux œufs d’or ! Elizabeth Gilbert a donc pondu un second opus de ses aventures intitulé « mes alliances » (chez Calmann Lévy) que je chroniquerai bientôt.

Cette chronique est précédemment parue sur Films de lover à qui je vais parfois prêter  ma plume pour une rubrique intitulée « un livre/un film de lover »