Le diable vit à Notting Hill de Rachel Johnson

Le titre original de ce roman anglais est « Notting Hell » et je le trouve meilleur que ce mix français improbable, à cheval entre « Le diable s’habille en Prada » et « Coup de foudre à Notting Hill ».

Le Notting Hill d’aujourd’hui semble loin, très loin du carnaval rasta ou de la bohème fauchée du film avec Hugh Grant. La population décrite ici avec une minutie d’anthropologue par Rachel Johnson (propre sœur du charismatique maire de Londres Boris Johnson, dit Bo Jo) circule en Jaguar avec  chauffeur même pour effectuer les 100 mètres qui la séparent de l’école privée au bout de la rue, se nourrit de mets bio et étranges, sans gluten, sans hydrates de carbones, mais accompagnés de graines germées.  Bienvenue  dans le square privé de Lonsdale Garden chez les super-super riches (que j’ai personnellement trouvé ici super- super antipathiques !)  

Les habitants qui vivent autour de ce rectangle de pelouse soigneusement manucuré de Notting hill, dans des maisons victoriennes somptu-luxueusement retapées (parquets en cuir, garde-manger avec sol en ardoise, placards à chaussures climatisés, piscines à ozone dans la cave, studios d’enregistrement pros pour les jam sessions des enfants), aiment dirent qu’ils habitent au Paradis. L’enfer, c’est eux !

Les héroïnes de ce docu-roman sont Mimi et Clare, deux « amies »  et voisines à Lonsdale Garden. Mimi est journaliste free lance, fauchée, mariée à un aristo paresseux et désargenté,  mère de trois enfants tendance bohème. Clare est paysagiste (apparemment uniquement pour les jardins des habitants du square), mariée à un architecte minimaliste, indécemment riche et tristement stérile, tendance bourgeoise.

Habitante de Notting Hill depuis des années, Rachel Johnson connaît par cœur le style de vie de ces Mothers of Notting hill (MNH) et les décrit avec une précision jouissive : « Une vraie MNH mène une vie organique jalonnée de thérapies holistiques et de cours de gym avec un coach privé, vit dans une maison hors-hors de prix, est servie par une paire de Philippines enchaînées au sous-sol, possède une mine éclatante et se trouve extrêmement concernée par les problèmes d’environnement. Elle doit être belle, riche et humaine, le tout à la fois! Avoir une Porsche Cayenne et une Prius. Des panneaux solaires pour chauffer sa maison de Londres et une demeure de 8 chambres à coucher dans le Shropshire. Et, côte à côte dans son dressing un cilice et une chemise Helmut Lang… »

Arrive Selim Kasparian, somptueux milliardaire américain au physique de métèque sexy  qui symbolise l’invasion de ce quartier so chic et brit par des rois de la finance américaine (l’auteure parle même « d’amschluss » – contraction d’américain et anschluss).   Et les événements s’emballent : chassé croisé amoureux, manœuvres immobilières, cocufiage en tous genre, gourou toute puissante…  c’est le bordel à Nottinh Hell !

Le problème est que j’ai  vraiment du mal à trouver les héroïnes sympathiques et attachantes. Mimi (alter égo avouée de l’auteure) n’espère rien, n’a pas d’ambition professionnelle ou amoureuse pour nous faire vibrer avec elle. Son seul objectif est de rester vivre à Notting Hill. Elle est sympa mais pas émouvante. Quand à Clare… elle est terrifiante : une sorte de Bree Van de Kamp avec encore moins de sens moral (si ça existe) !

Reste cette plongée dans un univers glamour et impitoyable décrit à la perfection , avec une  ironie qui donne du plaisir à sa lecture.

Julia Roberts et Hugh Grant dans le célèbre film, sur un banc d'un square privé de Notting Hill. D'après Rachel Johnson, cette scène n'aurait jamais pu avoir lieu dans la vraie vie. "Une faute de gout au savoir-vivre local qui aurait été le début de bien des ennuis et non la promesse d'un bonnheur éternel"

Commentaires

  1. Julie dit :

    Je me rends compte, grâce à cet article, que les éditeurs sont aussi nuls pour traduire les titres des livres que les producteurs pour les titres des films.
    Pour ce qui est de ce charmant quartier c’est bien ce qu’il me semblait en pensant, il ne faut qu’y passer. C’est une très jolie ballade.

  2. Tonie Behar dit :

    Oui, la prochaine fois que je vais à Londres, je me fais un square privé !

  3. Laurent dit :

    Oui j’ai été assez surpris par ce livre. Par les héroïnes, au bout d’un moment je ne savais plus chez qui j’étais, qui avait tel ou tel mari, .. un peu de mal. Ce microcosme reste sympathique, riche, mais sympathique. Bien mené mais comme toujours je scrute la fin et là,… ben mince alors, surprise ! Je ne m’attendais à cette nouvelle version de Candide de Voltaire… « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin ».
    Cet éloignement subi ou voulu (vraiment ?) m’a vraiment déstabilisé, tout était si Londonien jusqu’à présent, si cancan, jalousie, enfants et tout le reste… en quelques pages cela devient Sex and the cottage…. si j’avais su :-)