Tante Mame de Patrick Dennis

Je sais, c’est déjà la rentrée, donc pour ma série « romans de l’été » cela semble un peu mort ! Comme j’aime finir ce que j’ai commencé, je vais livrer mes dernières chroniques d’été… en septembre*.

De toute façon, « Tante Mame » de Patrick Dennis se déguste en toutes saisons !

Publié en 1955, ce roman culte de la littérature américaine a commencé par être refusé par 19 éditeurs (je l’écrit en toutes lettres tellement c’est énorme : oui dix-neuf éditeurs !! – ceci est une parenthèse destinée à donner de l’espoir aux aspirants écrivains) avant d’être signé chez Vangard Press et de se vendre à 2 millions d’exemplaires (oui deux millions !) en restant cent douze semaines dans la liste des meilleures ventes du «New York Times» (112)!

L’auteur, Patrick Dennis – de son vrai nom Edward Everett Tanner III – a signé un roman quasi autobiographique, inspiré de son enfance passée aux côté de sa tante, la milliardaire Marion Tanner, « dernière excentrique de Greenwich Village ».

Rosalind Russel dans "Auntie Mame" le film (1956)

Le jeune orphelin Patrick Dennis, dix ans, se voit confié à la garde de sa tante Mame, superbe et imprévisible sœur de son défunt père, aussi fantasque que son frère était conventionnel et ennuyeux. Bien qu’ignorante en tous points de l’éducation d’un enfant, Tante Mame va mettre tout son cœur pour bien s’occuper de ce neveu tombé du ciel, un beau jour, tôt le matin (vers 13h).
Ce jour-là, Patrick débarque dans l’appartement du 3, Beekman Place en plein milieu d’une réception de sa tante – qui avait oublié son arrivée. C’est aussitôt une plongée dans le New York intello et arty des années 20. Patrick découvre un univers étrange où les invités utilisent des mots bizarres tels que « batik », « Freud », « complexe d’infériorité », « abstraction »… et parlent d’un certain « Karl Marx » qui, dans son esprit devait être un parent de Groucho, Harpo Chico et Zeppo. L’éducation de Mame commence en offrant au petit garçon un carnet de vocabulaire pour noter la signification de tous les mots qu’il ne connaissait pas
« …elle accompagna cette déclaration d’un nouveau geste éloquent qui, cette fois, s’avéra malheureux car elle renversa la cafetière, sur quoi je notais six mots nouveaux que Tante Mame m’ordonna de rayer et d’oublier immédiatement ».

Le livre est un portrait en forme de déclaration d’amour à cette tante célibataire, émancipée intellectuelle et noceuse s’acquittera finalement de sa tache d’éducatrice avec panache et enseignera à Patrick de ne jamais céder au découragement. Chaque chapitre est un épisode hilarant de sa vie: Tante Mame et l’orphelin, Tante Mame belle du sud, Tante Mame femme de lettres, Tante Mame en mission de sauvetage etc., car la très chère auntie a le chic pour se mettre dans des situations les plus improbables… et s’en sortir.
Ecrit avec beaucoup de drôlerie et encore plus de finesse, Tante Mame nous fait passer un délicieux moment de comédie, une de ces comédies américaines de la grande époque, élégante, légère, irrésistible comme un Lubitsch…  Le roman flirte évidemment  avec la comédie romantique car Mame, libérale et libertine, est une grande séductrice et elle finira – après moult maneuvres stratégiques – par marier son cher neveu à la femme qu’il lui faut

Ginger Rogers à Broadway dans le rôle de Tante Mame

Tante Mame appartient à la mémoire collective des américains. Devenue un personnage mythique, elle a été incarnée plusieurs fois au cinéma ainsi qu’à Broadway dans une comédie musicale (avec Ginger Rogers dans le rôle titre) Quant à l’auteur, si dans le roman il termine en sage père de famille, il semble avoir, dans la vraie vie, hérité de l’esprit caustique de sa tante. Devenu écrivain et homosexuel, il écrira de nombreux bestsellers (avant de terminer sa vie en 1976 dans la peau d’un majordome – ceci est une parenthèse désespérante pour tout aspirant écrivain!).

* je rappelle à tout hasard que l’été se termine le 21 septembre !

Commentaires

  1. marlène dit :

    Ca a l’air merveilleux !

  2. Tonie Behar dit :

    le personnage de Mme est une véritable merveille : fantasque, libre, cultivée, inteligente, généreuse, attachant et en même temps vraiment barrée ! je l’ai aimée.