Austen Jane

Aquarelle de 1804 signée Cassandra Austen représentant sa sœur Jane, de dos

Auteur britannique culte,  Jane Austen est également l’ancêtre proclamée de la chick lit. Un des  romans fondateur du genre, « le journal de Bridget Jones », est truffé de références au plus célèbre des chefs-d’oeuvres de Jane Austen : Orgueil et Préjugés, avec sa pétillante Elizabeth Bennet et son merveilleux Mr Darcy, premier brun ténébreux de l’histoire de la littérature.
« C’est une expérience très étrange car quand j’écrivais Bridget Jones, à la télévision passait Orgueil et Préjugés où Colin Firth jouait Mr Darcy, donc j’étais totalement influencée. J’écrivais mon livre en pensant à Colin Firth et Mr Darcy. Raconte Helen Fielding*. C’est ainsi  que le héros de Bridget Jones s’est appelé Mark …Darcy.

Qu’aurait pensé la vertueuse Jane Austen de cette descendance délurée ? Nul ne sait, mais les auteurs de « chick lit » aiment à se reconnaître en elle, pour son humour, sa caution littéraire, sa lucidité.  Bien qu’écrivant des comédies – c’est-à-dire avec un dénouement heureux – Jane Austen dresse une satire fine et très grinçante de la société anglaise et de la condition féminine à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.
«On dirait parfois que Jane Austen fait naître ses personnages dans le seul but de se procurer le plaisir de leur trancher la tête» disait déjà Virginia Woolf.

 Jane Austen est née le 16 décembre 1775 au presbytère Stevenson dans le Hampshire où elle a passé les vingt-

Esquisse datée des environ de 1810, également de la main de Cassandra. Elle a été décrite par un membre de la famille comme étant « hideusement non ressemblante » à la véritable apparence de Jane.

cinq premières années de sa vie. Elle est la septième des 8 enfants du révérend Georges Austen et de sa femme Cassandra Leigh. De la vie privée de Jane, on sait très peu de chose, sa soeur Cassandra ayant brûlé toute ses lettres après sa mort.
On imagine l’ambiance chez les Austen joyeuse, chaleureuse et assez érudite.  On lisait à haute voix après le dîner. Et tout le monde maniait la plume: le père, pasteur, rédigeait ses sermons. La mère, Cassandra, des vers. La famille entière, des petites pièces de théâtre. Les petits Austen avaient également pour passion le théâtre ; la grange, l’été, leur servait de scène. Jane aimait battre la campagne et se rouler dans l’herbe. Elle apprend le français et l’italien, le chant, le dessin, la couture et la broderie, le piano et la danse. Évidemment, de toutes ces activités, sa préférée est de loin la lecture.  Marquée par Henry Fielding, Samuel Johnson ou Richardson, Jane se concentre très vite sur les romans sentimentaux. Dès ses premiers écrits, tel le roman par lettres « Love and Friendship », perce ce fameux wit, cette impertinence toute en understatements qui est sa marque de fabrique.

En 1782, Jane et sa sœur favorite Cassandra sont envoyées à l’école, d’abord à Oxford, puis à Southampton, enfin à l’Abbey School de Reading avant de rentrer au « rectory » avant son onzième anniversaire. Les deux sœurs complétèrent leur éducation grâce aux conversations familiales et à la bibliothèque paternelle de 500 ouvrages et romans à laquelle les enfants avait accès sans restrictions.

A 18 ou 19 ans Jane Austen écrit son premier roman Elinor et Marianne.
A vingt ans elle tombe amoureuse. Tom Lefroy et Jane Austen sont sans doute présentés l’un à l’autre lors d’une rencontre entre voisins ou au cours d’un bal,  durant les vacances de Noël 1795. Quelques lettres de Jane à Cassandra témoignent que les jeunes gens passent beaucoup de temps ensemble : « J’ai presque peur de te raconter comment mon ami irlandais et moi nous sommes comportés. Imagine-toi tout ce qu’il y a de plus dissolu et de plus choquant dans notre façon de danser et de nous asseoir ensemble. » Malheureusement le mariage n’est pas envisageable, Tom et Jane le savent bien : ni l’un ni l’autre ne sont fortunés et tom dépend d’un grand-oncle irlandais pour financer ses études et s’établir dans sa profession. La famille Lefroy intervient et écarte Tom à la fin de janvier. Il reviendra dans le Hampshire, Jane ne le reverra plus, mais il semble qu’elle ne l’ait jamais oublié. Il y a du John Willoughby (le jeune et fringant amoureux de Marianne dans Raison et Sentiments) dans ce Tom Lefroy qui tombe amoureux de Jane mais en épouse une autre, plus riche, pour satisfaire son oncle… Jane a-telle été aussi desespérée que Marianne. Elle n’a malheureusement connu aucun  Colonel Brandon pour lui faire oublier sa désillusion.

Je ne sais pas ce qu’a pu ressentir Miss Austen en voyant son bonheur lui échapper. Comment a-t-elle survécu à cette injustice qui lui était faite (ainsi qu’à des centaines de jeune filles condamnées à ne pas connaître l’amour par manque d’une dot suffisante…) ?  Selon certains de ses biographes, cet amour malheureux sera l’acte fondateur de son œuvre.

Dès lors, tout en analysant et critiquant finement les rouages de cette société raffinée et cruelle dans laquelle elle vit, Jane Austen n’aura de cesse de conduire ses héroïnes au mariage. Chacune échappera in extremis à la sinistre condition de vieille fille, dépendante de la générosité  des autres, situation terrible, abondamment décrite dans ses romans, et qu’elle-même ne connaissait que trop bien.
Elle écrit Orgueil et Préjugés durant cette période, puis réécrit Elinor et Marianne sous le nom de Raisons et sentiments et finalement L’abbaye de Northanger qu’elle termine en 1799.

Jane n’écrira plus rien durant les dix années suivantes, peut-être à cause de sa déception amoureuse, mais aussi parce que les Austen déménagement à Bath en 1801 et que Jane déteste cette ville et ces vaines civilités.  Au mois de décembre 1802, un jeune homme fortuné, Harris Bigg-Wither, lui propose de l’épouser; elle accepte sa demande (sans doute parce ce mariage avantageux aurait sauvé sa famille d’une situation financière difficile) mais y renonce dès le lendemain matin. «Une femme n’a pas à épouser un homme sous le simple prétexte qu’il le lui a demandé ou qu’il l’aime», écrit-elle dans Emma. Quelques mois plus tard, elle vend L’abbaye de Northanger à un éditeur pour 10 £. Le livre ne sortira jamais de son vivant.
1805 est marqué par la mort de son père. Les frères Austen : Edward, James, Henry et Francis s’engagent à soutenir Jane, Cassandra et leur mère par des versements annuels. Les trois femmes vivront à partir de 1806 à Southampton, où elles partagent une maison avec Frank Austen et sa jeune épouse. Elles y resteront jusqu’à l’année 1809, quand Edward, l’un des frères de Jane Austen, mettra à leur disposition un grand cottage dans le village de Chawton, cette demeure faisant partie de son domaine, Chawton House.

Le cottage de Chawton

Heureuse de ce déménagement, Jane décide de relancer sa carrière d’écrivain. Par l’entremise de son frère Henry, l’éditeur Thomas Egerton accepte « Sense and Sensibility », qui paraît en octobre 1811. La critique est élogieuse et le roman devient à la mode dans les cercles influents.
En janvier de cette même année, Egerton publie « Pride and Prejudice », c’est un succès immédiat, avec trois critiques favorables et de bonnes ventes. « Mansfield Park » paraît, toujours chez Egerton, en mai 1814. Tous les exemplaires sont vendus en à peine six mois, et les gains revenant à Jane Austen dépassent ceux qu’elle a reçus de chacune de ses autres œuvres.  Au milieu de l’année 1815, Jane Austen quitte Egerton pour la maison John Murray, éditeur londonien plus renommé, qui publie Emma en décembre 1815 et, en février de l’année suivante, sort une deuxième édition de Mansfield Park. Jane Austen achève Persuasion, un an avant de mourir en 1817 du syndrome d’Addison (insuffisance surrénale). Persuasion  et Northanger Abbey  seront publiés à titre posthume.

N’étant pas une « janéiste », contrairement à de nombreuse blogueuses qui parlent d’elle beaucoup mieux que je ne saurais le faire, je vous conseille de visiter les blogs d’Emjy, Cuné… etc. pour en apprendre plus sur Jane.

* Au cours d’une interview réalisé le 3 novembre 2004 par Laetitia Heurteau pour le site Objectif Cinéma             

Commentaires

  1. Coco La Bulle dit :

    Je suis une fan absolue de Jane Austen !!! Merci de lui rendre hommage avec ton article.

  2. Tonie Behar dit :

    Bonsoir Coco !!
    Moi aussi j’adore Miss Jane et j’ai surtout une passion absolue pour la série Pride and Prejudice de la BBC avec Colin Firth en Mister darcy ! irresistible !
    si j’ai le courage (et l’audace), je chroniquerai bien un de ses romans…