Marivaux Pierre Carlet (de)

J’ai une grande tendresse pour Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688 -1763), plus communément appelé Marivaux.  Il m’a souvent fait rêver avec ses Arlequin, ses Sylvia, ses princes et ses bergères qui semblaient tout droit sortis d’une toile de Watteau. C’est le premier auteur à s’être ouvertement intéressé à « la métaphysique du cœur » et à avoir choisi l’amour comme ressort de la comédie. Il occupe une place de choix dans mon panthéon des auteurs de comédie romantique ! Savez-vous qu’on lui doit l’expression « tomber amoureux »  qui n’existait pas encore à l’époque, (on disait se rendre amoureux).

Son nom a donné naissance au mot marivaudage,  toujours couramment employé pour désigner des rapports amoureux fondés sur le jeu et la séduction, et des dialogues (dont ses comédies sont le modèle) sur le mode de la galanterie et du badinage.

Journaliste, auteur dramatique et romancier français, Marivaux vient d’une famille de la petite noblesse. En 1717, il se marie avec Colombe Boulogne qui lui apporte une dot aisée, mais il sera ruiné par la banqueroute de Law puis perdra sa femme en 1723. Dès lors, le pauvre est obligé de travailler et choisit… le théâtre.

Son théâtre emprunte beaucoup à la Commedia dell’Arte: il crée des types sur lesquels il peut broder des variations, se sert du travestissement et du mensonge. Ses personnages sont souvent de jeunes gens, terrorisés à l’idée d’entrer dans la vie et de dévoiler leurs sentiments (tiens tiens déjà !!). Leurs aventures psychologiques à la fois complexes et naïves se déroulent sous le regard des plus vieux (les parents) et des spectateurs qui se moquent dans un mélange d’indulgence et de méchanceté.

Marivaux dit avoir « guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l’amour lorsqu’il craint de se montrer », et chacune de ses comédies, la Surprise de l’amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Jeu de l’amour et du hasard (1730), les Fausses confidences (1737), a pour objet de le faire sortir d’une de ses niches.

Mais aussi subtil soit-il, Marivaux fut pourtant déclaré comme auteur mineur par la génération des Encyclopédistes, réputation qu’il conservera jusqu’au milieu du XXème siècle.  Comme quoi, même au XVIIIe siècle les comédies sentimentales étaient déjà considérée comme futiles et légères !  Voltaire disait de lui: « Il pèse des œufs de mouche dans une balance en toile d’araignée ». compliment perfide qui frôle le sarcasme. Voltaire et Marivaux ont d’ailleurs concouru ensemble pour une place à l’Académie française… qui fut remportée par Marivaux.

Il faudra attendre le XIXe siècle et le succès des comédies de Musset pour que Marivaux soit enfin reconnu.  Un nouveau public enthousiaste trouvera précisément très moderne la complexité qu’on lui reprochait de son temps. Dans les années 1950-60, redevenu à la mode, Marivaux permet à la nouvelle génération de metteurs en scène de s’essayer à de nouvelles interprétations: Vitez, Vilar, Planchon, Chéreau, entre beaucoup d’autres.